La langue française

La langue française

Parmi les langues naturelles dont se sert l’espèce humaine pour communiquer, et d’abord pour s’exprimer, langues très nombreuses mais qui, malheureusement, diminuent de jour en jour, comme diminuent en nombre les espèces vivantes, quelques-unes ont le privilège – dû à l’histoire et à l’importance ressentie de leur mise en œuvre   – d’être employées dans le monde entier.

Ces langues, chacune avec sa spécificité, sont à la fois des systèmes d’expression distincts des autres et capables d’universalité ; outils de la mondialisation, elles sont très peu nombreuses. Le français en fait incontestablement partie, soit en tant qu’idiome maternel de plusieurs communautés nationales, soit en tant que langue nationale, ou  seconde, au sein d’un plurilinguisme collectif, soit enfin au titre de moyen d’expression choisie, ce choix pouvant être individuel.
 

L’un des instruments institutionnels de la collecte et de la conservation, puis de la diffusion des textes, dans toute langue douée d’écriture, est la bibliothèque. D’autres sont l’école et l’université, d’autres encore les médias. Cependant, l’institution bibliothécaire a l’avantage d’être intellectuellement plus autonome, mieux protégée des tentations idéologiques, sauf peut-être dans les régimes totalitaires.

Le fait que vingt-six parmi les plus importantes bibliothèques de pays entièrement, majoritairement ou partiellement francophones aient pu former un  réseau stable et actif  signalait déjà que le français, capable de refléter naturellement les contenus culturels les plus variés, est un idiome fondamentalement transnational.

Quant aux fonctions essentielles de l’institution bibliothèque, qui sont d’archivage, de conservation, de classement, de disponibilité, d’échange, il est clair que la numérisation en est la technique la plus efficace. En ce qui concerne la langue française, l’exemple de Gallica montre que ces fonctions peuvent s’appliquer à des siècles d’usage, à des lieux de production variés, à des thématiques multiples.

Parmi ces thématiques, je note qu’à côté de questions universelles, les  sujets liés aux échanges interculturels  et à la diversité des points de vue (les « histoires croisées ») prévalent. Une sorte de « métathème » – comme on parle de « métalangage » – est la langue française elle-même, en tant que système de pensée et d’expression apparu il y a un millénaire dans une région précise, mais devenue présente en de nombreux lieux du monde à partir de la Renaissance, et plus encore au XIXe siècle. Une langue, c’est un système virtuel, actualisé par des usages différents ;  ce sont, non pas une seule règle, mais des règles, des phonétiques, des lexiques. C’est aussi, par la traduction, la possibilité de rendre d’autres spécificités langagières. C’est enfin celle de transmettre le ressenti de toute culture humaine. Lorsque Brunetto Latini, qui fut l’un des maîtres de Dante, choisit d’écrire en français (pour nous, un merveilleux « vieux français ») son Livres dou Trésor, il ne cesse pas de transmettre une vision du monde européenne, s’agissant des choses de la nature, et, typiquement italienne de son temps, celui des cités-États, en matière politique. Et au XXe siècle, Amadou Hampâté Bâ ne cesse pas d’être africain, et peul, dans ses superbes contes en français. En matière littéraire, la francophonie n’est partielle que statistiquement ; elle est intégrale, et même transcendée dans les œuvres de très nombreux écrivains, romanciers ou poètes, de penseurs, philosophes, juristes, scientifiques s’exprimant en français. Ces œuvres sont recueillies par les bibliothèques, même non « francophones ».

Les pouvoirs de diffusion et d’échange, pour l’expression écrite en français, seront multipliés et dynamisés par la documentation numérique internationale partagée, sur le modèle mis en œuvre par la BnF. Reste à souhaiter que le Réseau Francophone Numérique puisse s’élargir à d’autres grandes bibliothèques – par exemple, pour la Suisse, outre la Nationale (quadrilingue) de Berne, celles de Lausanne ou de Genève, extrêmement riches en textes français – et que les contenus en français d’autres institutions non francophones, bibliothèques ou sites universitaires, puissent un jour être convoqués.

 Linguiste et lexicographe reconnu, Alain Rey est l’auteur de nombreux ouvrages sur la langue française et l’un des principaux créateurs des dictionnaires Le Robert.

 

 

 

 

Les collections du thème "La langue française"

La sélection documentaire est patrimoniale.

Elle témoigne de l’histoire et de la diffusion de la langue française dans les différentes zones francophones : Afrique de l’Ouest, Afrique Centrale et Océan Indien, Afrique du Nord et Moyen-Orient, Amérique - Caraïbes, Asie - Pacifique, Europe.

Livres, presse et revues, cartes et estampes vous sont proposés dans cette sélection.